Quand on parle de durabilité dans l’aviation, la discussion porte souvent sur les efforts des grandes compagnies aériennes. Leur taille et leur visibilité en font un point de mire naturel. Mais la route vers une aviation plus verte ne compte pas une seule voie, et chaque segment du secteur l’emprunte à sa manière.
Grâce à sa souplesse naturelle, l’affrètement joue un rôle à part. Il est toutefois essentiel d’aborder ce sujet avec réalisme et de reconnaître les obstacles importants auxquels tout le secteur est confronté.
La semaine dernière, nous avons expliqué ce qu’est le SAF et pourquoi il compte. Cette semaine, voyons concrètement comment l’affrètement et les compagnies aériennes s’adaptent.
Le SAF sur le marché : ambition et réalité
À première vue, l’aviation privée semble avancer vite. Les jets d’affaires sont souvent certifiés pour des taux d’incorporation de SAF plus élevés (jusqu’à 30 à 50 %) que les 2 % actuellement imposés aux compagnies aériennes en Europe. Cela laisse penser que le segment montre la voie.
Cette agilité doit cependant être replacée dans le contexte de l’offre totale. La production mondiale de SAF représentant moins de 1 % de la consommation mondiale de carburéacteur, ces taux d’incorporation élevés ne sont possibles qu’à très petite échelle.
La réalité économique est sans appel. En septembre 2025, Shell a pris la décision importante d’abandonner son grand projet d’usine de biocarburants à Rotterdam, le jugeant « insuffisamment compétitif ». Quand un géant du secteur met en suspens un projet phare, cela montre à quel point il est difficile de rendre la production de SAF rentable à grande échelle.
L’affrètement : la souplesse dans un marché contraint
Le principal atout de l’aviation d’affrètement est sa souplesse opérationnelle.
Un vol en affrètement privé peut être programmé via un aéroport où le SAF est disponible. Les exploitants peuvent ainsi répondre, quand c’est possible, aux demandes précises de clients en faveur d’options durables. Les compagnies aériennes ont au contraire besoin d’une chaîne d’approvisionnement vaste et fiable sur des centaines d’aéroports pour déployer le SAF de façon systématique.
Cette agilité permet aux exploitants de vols affrétés d’être des pionniers et des terrains d’essai pour les pratiques durables. Elle ne règle pas pour autant le problème fondamental de l’offre.
Répondre aux attentes des clients
L’écart se creuse entre la demande des clients et la réalité du marché. Si les clients de l’aviation privée demandent des exploitants dotés de programmes de durabilité, répondre à ces demandes devient de plus en plus complexe.
Les clients professionnels, portés par leurs propres engagements ESG, demandent des données d’émissions détaillées et des preuves d’utilisation de SAF. Notre rôle de courtier en affrètement aérien est d’aider nos clients à s’orienter dans ce paysage et de fixer des attentes réalistes sur ce que permet l’infrastructure actuelle. C’est une discussion sur le possible, pas seulement sur le souhaitable.
Le goulet d’étranglement de l’approvisionnement et ses critiques
Faire du SAF la seule réponse aux objectifs climatiques de l’aviation suscite des critiques fondées. Le think tank financier Carbon Tracker estime que cette focalisation risque de retarder l’investissement dans des technologies zéro émission plus transformatrices, comme l’hydrogène ou la propulsion électrique.
Par ailleurs, la « durabilité » du SAF est elle-même complexe. L’essentiel du SAF actuel provient de matières premières comme les huiles de cuisson usagées, dont l’offre est extrêmement limitée. Élargir à d’autres sources soulève le débat « alimentation contre carburant » et des inquiétudes sur l’usage des terres. Rappelons que le SAF émet toujours du CO2 lors de sa combustion ; son bénéfice environnemental se calcule sur l’ensemble de son cycle de vie.
Questions fréquentes
Pourquoi les jets affrétés peuvent-ils utiliser plus de SAF que les compagnies aériennes ?
Dans les deux segments, les avions sont souvent certifiés pour des taux d’incorporation élevés : la différence est opérationnelle. Un vol affrété peut être organisé autour d’un aéroport précis disposant d’un mélange à forte teneur. Les compagnies aériennes ont besoin d’un approvisionnement régulier à faible teneur sur tout leur réseau, ce qui est plus réaliste sur le plan logistique.
Le SAF est-il la seule solution pour une aviation durable ?
Non, il est considéré comme la principale solution à court terme. Ses critiques estiment toutefois qu’un véritable avenir zéro émission nette exigera d’investir dans des technologies de rupture, comme les avions à hydrogène et les avions électriques, encore aux premiers stades de développement.
Quel est le principal frein à l’adoption du SAF ?
Les principaux freins sont le coût et les volumes. Le SAF coûte 3 à 5 fois plus cher que le carburéacteur classique, et la production mondiale actuelle couvre moins de 1 % des besoins totaux du secteur, comme le soulignent des revers tels que la décision de Shell concernant l’usine de Rotterdam.
Comment Fliteline aide-t-il ses clients à atteindre leurs objectifs de durabilité ?
Nous donnons des conseils réalistes fondés sur les conditions actuelles du marché. Nous aidons nos clients à comprendre la disponibilité et le coût réels du SAF, étudions les gains d’efficacité opérationnelle comme l’optimisation des itinéraires, et mettons en place des programmes de compensation carbone transparents adaptés à leurs besoins de reporting.
Avancer ensemble
Il ne s’agit pas qu’un segment « l’emporte ». Une décarbonation réussie passe par la collaboration.
- —Les compagnies aériennes apportent les volumes : grâce à leur immense pouvoir d’achat, elles sont les premiers moteurs de l’investissement dans de nouvelles usines de SAF. Sans leurs contrats d’achat à long terme, le marché du SAF serait encore plus restreint.
- —L’affrètement apporte l’innovation : la souplesse de l’affrètement de groupes et des vols privés permet de tester rapidement de nouvelles technologies, de nouveaux systèmes de reporting et des gains d’efficacité opérationnelle que le reste du secteur peut ensuite adopter.
- —Le fret mise sur l’efficacité : pour les vols d’affrètement de fret, le bénéfice environnemental le plus immédiat vient souvent de l’efficacité opérationnelle : routes directes, chargement optimal de l’appareil et temps au sol réduit, ce qui peut nettement diminuer la consommation totale de carburant d’une mission.
La voie vers une aviation zéro émission nette n’est pas une ligne droite alimentée uniquement par le SAF. C’est un parcours complexe qui associe nouvelles technologies, opérations plus intelligentes et compréhension réaliste des défis à venir.
Pour en savoir plus sur les tendances actuelles de l’aviation, consultez notre dernière analyse du secteur ou contactez notre équipe pour voir comment ces réalités influencent vos besoins d’affrètement.
