On nous pose de plus en plus de questions sur le carburant d’aviation durable, et ce n’est pas une surprise. Ce nouveau type de carburéacteur transforme l’ensemble des opérations aériennes, des compagnies aériennes aux vols affrétés. Voyons ce qu’est vraiment le SAF et pourquoi il compte pour toute personne qui voyage en avion, expédie du fret ou organise des déplacements aériens.
Ce qu’est vraiment le SAF
Le carburant d’aviation durable (Sustainable Aviation Fuel, SAF) est un carburéacteur produit à partir de sources renouvelables comme les huiles de cuisson usagées, les déchets alimentaires et les résidus agricoles, et non à partir de pétrole brut. Son principal atout ? Il fonctionne dans les avions existants, sans aucune modification des moteurs ni des circuits carburant.
Pour simplifier : si le carburéacteur classique provient d’un pétrole enfoui depuis des millions d’années, le SAF provient de matières qui étaient encore vivantes récemment : huiles végétales, déchets, voire dioxyde de carbone capté.
L’Association du transport aérien international (IATA) définit le SAF comme un carburant « drop-in » qui peut être mélangé au carburéacteur classique jusqu’à 50 % sans modification de l’avion. Cette compatibilité rend le SAF particulièrement intéressant pour les vols affrétés, où la souplesse opérationnelle est essentielle.
Les chiffres actuels de production
- —Production mondiale de SAF en 2025 : 2,1 millions de tonnes
- —Part dans le carburant aviation total : 0,7 % de la consommation mondiale
- —Croissance : 13 % par an, mais un changement d’échelle massif reste nécessaire
Ces chiffres montrent à la fois des progrès et l’ampleur du défi. Si la production de SAF progresse régulièrement, les dernières données de l’IATA font état de progrès décevants : la production reste très en deçà des besoins du secteur pour une décarbonation significative.
Pourquoi l’aviation a besoin de ce changement
L’aviation fait face à un défi fondamental qui touche tout, de l’affrètement de jets privés aux opérations de fret. Le secteur produit environ 2,5 % des émissions mondiales de CO2 (Our World in Data, chiffres 2019), mais sans changement, cette part pourrait atteindre 22 % en 2050, les autres secteurs se décarbonant plus vite.
L’engagement de l’IATA en faveur de zéro émission nette d’ici 2050 dépasse les seuls objectifs environnementaux : il devient une exigence commerciale, à mesure que les clients professionnels réclament un reporting de durabilité et que les États mettent en œuvre des politiques climatiques.
Le rôle du SAF dans l’atteinte de ces objectifs : il devrait fournir 65 % des réductions d’émissions nécessaires pour que l’aviation atteigne zéro émission nette. Cela signifie passer de 0,7 % aujourd’hui à peut-être 60 à 80 % du carburant aviation en 2050.
Pour les exploitants qui coordonnent des missions spéciales ou des voyages de groupe, comprendre le déploiement du SAF aide à expliquer l’évolution du coût du carburant et les exigences de durabilité des clients.
Ce qui accélère l’adoption aujourd’hui
Les obligations réglementaires créent une demande immédiate dans plusieurs régions. Le règlement ReFuelEU Aviation de la Commission européenne est l’obligation SAF la plus complète au monde. Il impose :
- —aéroports de l’UE : 6 % de SAF d’ici 2030
- —obligation au Royaume-Uni : 9,5 % de SAF d’ici 2030
- —d’autres régions suivent : l’Asie-Pacifique, l’Amérique latine et le Moyen-Orient mettent en place des politiques similaires
La pression de la chaîne d’approvisionnement est un autre moteur. Les entreprises engagées vers zéro émission nette exigent un reporting de durabilité de leurs fournisseurs, y compris des exploitants de vols affrétés et des prestataires logistiques. Cela crée de vraies incitations commerciales, au-delà de la simple conformité réglementaire.
Pour les vols d’affrètement de fret, les clients professionnels ont de plus en plus besoin de justificatifs SAF pour le reporting des émissions de leur chaîne d’approvisionnement. Cette tendance concerne tout, de la logistique pharmaceutique à la coordination du fret urgent.
Le défi de l’approvisionnement
La réalité est la suivante : la demande mondiale prévue en 2035 est de 40 millions de tonnes, mais la capacité de production ne devrait atteindre que 18 millions de tonnes. L’analyse complète de S&P Global montre que ce déficit de 23 millions de tonnes pèsera fortement sur les prix et la disponibilité dans tous les segments de l’aviation.
La production actuelle dépend fortement de matières premières limitées. Plus de 80 % provient de la technologie HEFA (Hydroprocessed Esters and Fatty Acids), qui repose sur les huiles de cuisson usagées et les graisses animales, des ressources dont la disponibilité mondiale est limitée.
La production future devra se diversifier sur plusieurs technologies : Alcohol-to-Jet, Gasification-Fischer-Tropsch et Power-to-Liquid, des procédés capables d’utiliser une gamme plus large de matières premières.
Le développement de la production régionale
Les Pays-Bas montrent comment une production locale de SAF influence l’affrètement. Le site de Neste à Rotterdam produit 500 000 tonnes de SAF par an, au bénéfice des vols au départ d’Amsterdam Schiphol.
Cette capacité de production permet à l’aviation néerlandaise de proposer de meilleurs prix du SAF que les régions qui dépendent des importations. L’investissement du gouvernement néerlandais pour devenir un leader mondial des carburants d’aviation durables crée des avantages d’infrastructure pour les organisateurs de vols affrétés sur les routes européennes.
Connaître la disponibilité régionale du SAF aide à améliorer à la fois l’impact environnemental et les coûts d’exploitation lorsque l’on organise des vols via différents aéroports.
Ce que cela signifie pour l’affrètement
Les vols affrétés sont dans une position unique. Alors que l’aviation commerciale se heurte aux limites des infrastructures sur de nombreuses routes et de nombreux appareils, l’affrètement peut utiliser le SAF plus facilement en choisissant des aéroports qui en disposent et en optimisant ses itinéraires.
La demande des clients pour des exploitants dotés de programmes environnementaux crée des incitations qui s’ajoutent aux règles. Cette préférence des clients, combinée à la souplesse opérationnelle, permet à l’affrètement d’adopter le SAF plus vite que l’aviation commerciale.
Que vous organisiez des déplacements d’affaires, des déplacements de groupe ou du fret urgent, comprendre le SAF éclaire l’évolution du coût du carburant, du choix des aéroports et des exigences de durabilité des clients, qui deviennent la norme dans tout le secteur.
Perspectives
Le SAF est la clé d’une aviation durable. Aujourd’hui, la production couvre moins de 1 % de la demande, mais les efforts du secteur, la réglementation et la technologie préparent une croissance rapide dans les années 2030 et 2040.
La semaine prochaine, nous verrons comment les différents segments de l’aviation adoptent le SAF à des rythmes différents et pourquoi l’affrètement dispose d’atouts particuliers dans cette transition. Nous aborderons ensuite les stratégies de coût et de budget qui rendent le SAF envisageable pour différents types d’opérations.
Comprendre le SAF est essentiel pour tous les acteurs de l’aviation (que vous réserviez des vols, expédiiez du fret ou coordonniez des voyages de groupe), alors que le secteur vit son plus grand changement depuis l’avènement de l’avion à réaction. L’enjeu est d’atteindre les objectifs climatiques tout en préservant le rôle essentiel de l’aviation dans la connectivité mondiale.
Pour en savoir plus sur les tendances de l’aviation et l’affrètement, consultez notre guide complet des avions ou contactez notre équipe pour voir comment les enjeux de durabilité influencent vos besoins d’affrètement.
